19 mars 2011

Moment fugace

Ça vous est sûrement arrivé un jour d'avoir, comme ça, sans raison particulière, une journée de pur extase, de félicité. Comme si, le temps d'un jour, tout s'était mis en place pour vous offrir des moments d'une grâce sublime.
 Après avoir traversé un autre désert de 300 kms, j'ai abouti sur un petit village très banal, situé au bord de la mer Rouge. J'espérais y trouver une petite station balnéaire sympathique, mais tel n'est pas le cas. Le gouvernement Mubarak, des investisseurs étrangers et les amis du régime ont commencé à transformer la côte toute entière en un immense parking à touristes, hôtels, resorts tout inclus et centres de plongée, envahissant la presque totalité du littoral. Ç'est encore un gigantesque chantier de construction laissé en plan jusqu'à ce que les dés politiques soient lancés. C'est ainsi que le soir venu j'étais attablé au seul restaurant italien à des centaines de kilomètres à la ronde, quand un égyptien, en admiration devant ma Marseillaise, m'a demandé ce que je faisais dans les parages. 
J'avais ouïe dire que les meilleurs excursions de plongée était maintenant plus au sud et que comme j'y étais, j'aurais bien voulu en profiter, mais je ne savais pas trop où m'adresser. L'égyptien en question s'occupe justement d'un centre de plongée et il termine l'organisation d'une excursion de deux jours, qui se rendra sur Sataya, un lagon situé à une trentaine de kilomètres de la côte, tout près de la péninsule de Baranis, située elle à la frontière soudanaise. Comme il ne lui reste plus que deux places à combler, sur une possibilité de 18 à bord du luxueux yacht, il consent à me faire un excellent rabais. Le départ se fera de la marina d'Hamata, à une centaine de kilomètres plus au sud et j'économise aussi les frais de transfert en m'y rendant avec ma Marseillaise. C'est un petit bus qui ramasse les touristes dans les différents hôtels, qui amènera un groupe composé majoritairement de hollandais et de belges, ainsi que Babette, une gentille française qui s'occupe généralement de ses compatriotes, quand il y en a, pour un gros tour operator français que je ne nommerai pas. Après avoir préparé l'équipement de plongée, nous voilà parti, par un temps magnifique, avec un équipage attentionné pour un court séjour qui s'annonce assez agréable.
En arrivant sur les lieux, une bande de dauphins nous y attendait et tout le monde s'empresse de sauter à l'eau pour patauger en leur compagnie.
Mais c'est de la journée du lendemain dont je garde, encore aujourd'hui, un genre de béatitude reconnaissante. De voir le soleil se lever, quand on est en plein milieu de l'océan sur un lagon turquoise, c'est déjà un excellent début. J'étais dès lors tout disposé à accueillir la suite de ce jour avec le cœur rempli de gratitude. Affublés de nos accoutrements si peu naturel dans cet environnement sous-marin, la première plongée nous a fait rencontrer, entre autre habitant, une tortue pas très jasante, occupée quelle était à brouter sa laitue de mer sur la paroi de corail. À la deuxième descente, tôt après le dîner, le site était spectaculaire. Aux limites du lagon, la paroi de corail multicolore, mise en valeur par l'angle parfait de la lumière qui dansait dans ce spectacle grandiose, plongeait dans des profondeurs abyssales et laissait à l'imagination la place d'y faire surgir les géants marins qui peuplent habituellement ces lieux. C'est pendant que j'admirais la multitude de petits poissons aux formes et couleurs extravagantes, flamboyantes, qu'elle a surgit: une gigantesque raie manta de deux mètres d'envergure est apparue venant virevolter près de nous tel un oiseau au proportion préhistorique. Sa visite à elle seule aura valu le coût de l'expédition. 
J'étais déjà combler et un peu gaga quand nous avons pris le chemin du retour. Il était seize heure quand nous avons mis les pieds sur la terre ferme et j'avais encore 130 kms à parcourir avant de m'enregistrer dans un magnifique écolodge que j'avais repéré avant mon départ. 
J'ai parcouru la route béat d'admiration pendant que le soleil se couchait lentement derrière le désert qui vient ici affronter la mer dans un combat de titan dont on ne peut imaginer l'issu. C'était un moment sublime que de parcourir cet interminable lacet étendu sur le sol aride qui devient un peu moins hostile par la seule présence rafraîchissante de l'océan.

Je goûterai, pour quelques jours, le confort de ses tentes plantées dans un décor paradisiaque et le buffet succulent, qui change un peu de la gastronomie égyptienne, plutôt limitée, des dernières semaines. Je n'ai d'ailleurs rien qui me presse de remonter vers les grands centres touristiques que sont Hurgada et Sharm El Sheik. Aussi bien déguster un peu...

P.S. Pour ceux qui trouvent que mon blog ressemble trop à un article de voyage commandité, où tout est toujours beau et tout le monde gentils, j'ai commencé un autre blog où j'expose de façon pas du tout policaly correct, dans un langage plus cru, mes expériences plus difficiles et mes frustrations. C'est mon petit Côté Molotov. Alors si vous voulez m'entendre râler et manger du voisin, allez y faire un tour...http://capitainemolotov.blogspot.com/?zx=dbc71e34f0695252 , mais je vous aurez prévenu!

Amdullah

14 mars 2011

Le tourisme sous bien des formes


 L'Égypte fascine pour bon nombre de raisons. Les restes mythiques des plus anciennes civilisations y sont encore très présents et habituellement sur-consommés par une faune touristique avide de légendes et d'histoires pharaoniennes. Toutes ces merveilles, misent au jour il y a une cinquantaine d'année par d'aventureux archéologues auxquels on attribut facilement le profil d'Indiana Jones, sont aujourd'hui peuplées par une communauté beaucoup moins hollywoodienne.

Je ne pouvais pas séjourner au Caire sans faire l'inévitable visite des pyramides de Gizeh, symbole de la gloire et de la puissance d'un empire jadis rayonnant de magnificence. L'histoire le démontre immanquablement, tout ce qui monte très haut redescend très bas. Le site des pyramides et du Sphinx est aujourd'hui envahi par une meute de cochers et de chameliers harcelant sans cesse le moindre touriste qui aurait l'apparence de déambuler nonchalamment, afin de lui offrir ses services. J'ai été incapable de demeurer plus de 3m:39s sans avoir à repousser les propositions très insistantes de ces marchands de tout acabit. Sans parler des faux guides qui vous arrachent pratiquement des mains votre ticket chèrement payé pour vous proposer, moyennant un léger supplément, de vous en faire voir beaucoup plus: le royaume de la petite arnaque! C'est d'une tristesse à pleurer de voir ce peuple, autrefois grandiose, aujourd'hui réduit à la mendicité par tout ce que l'humanité à connu d'empires colonialistes et d'une succession de dictateurs toujours plus avides de pouvoir et d'argent.
Le Caire n'est pas du tout une ville agréable à bien des égards. Je n'ai pu trouver, pendant les huit jours où j'y ai séjourné, un espace vert qui s'apparenterait à un parc. La cacophonie incessante produite par le concert nasillard de millier de klaxons se poursuit jour et nuit. Ça devient un peu comme le bruit de fond d'un vieux réfrigérateur fatigué et très fatiguant.
Après huit jours de ce régime urbain exténuant j'ai eu un besoin irrépressible de plonger dans un environnement disons plus rural. Malgré toute la gentillesse de Peter, sympathique sujet britannique de plus de 70 ans et Couchsurfer aguerrit, qui m'a hébergé dans son chic appartement du quartier Maadi, j'ai quitté le Caire avec un soupir de soulagement, mais en prenant bien soin de retenir mon souffle.
Ma consultation des différentes cartes laissait entrevoir une belle ballade à moto en longeant les rives légendaires du plus long fleuve de la planète: Le Nil. Le peuple égyptien ayant commencé à habiter les rives du Nil bien avant l'apparition du char et du bécik à gaz, les routes qui le bordent en sont juste assez éloignées pour rendre le parcours très ordinaire. Après avoir parcouru une centaine de kilomètres au travers villes et villages à des années lumières de l'apothéose de architecturale passée, j'ai opté pour la plus récente route qui traverse le désert, éloignée d'une vingtaine de bornes du rivage. Ce fut un excellent choix. Le paysage était sublime.

Je suis arrivé à Luxor il faisait déjà presque nuit. C'est en demandant de l'aide pour trouver l'auberge où j'envisageais de m'installer que j'ai fait la connaissance d'Ali. Ali est très sympathique et il a une nombreuse famille (comme tout le monde ici...). Il ambitionne de faire de sa maison une guesthouse. Il disposait encore d'une immense chambre, l'autre étant occupé par Armin, un allemand qui souffre d'une maladie étrange qui l'oblige à fumer son pétard de marijuana du matin au soir.
Ali et sa famille ont été d'une générosité et d'une gentillesse touchante pendant les six jours que j'ai passés en leur compagnie. J'ai promis de faire ce que je pouvais pour l'aider dans son entreprise, en commençant par lui obtenir une adresse courriel, mais Ali ne sait pas encore lire et écrire: il m'a promis, de son côté de s'y mettre le plus tôt possible. Malgré le fait qu'une partie de la maison soit en chantier et que le moulin à farine soit directement en face (un peu bruyant), le tout est absolument charmant, au milieu des champs et au pied du désert, parsemé de temples et de sites archéologiques encore en chantier.
Ma quête de tranquillité, suite à mon séjour au Caire, n'ayant pas encore été assouvi, j'ai pris la direction d'Aswan. C'est là que dans les années soixante a débuté la construction d'un barrage hydroélectrique sur le Nil, donnant ainsi naissance au lac Nasser et menaçant de submerger un nombre effarant de temples et de monuments. La construction du barrage a forcé L'UNESCO à intervenir afin de déplacer ces temples et monuments voué à la disparition et ainsi sauvegarder ce patrimoine inestimable qu'on peut encore aujourd'hui contempler. L'histoire de la Nubie est fascinante.
La splendeur de la région, par contre, est encore une fois assombrit par l'inévitable et inlassable harcèlement des visiteurs étrangers par les autochtones, conséquence du tourisme de masse. J'ai, ici aussi, réussi à trouver un petit oasis de paix sur la rive ouest d'Aswan. Abdel et sa femme hollandaise Hellen, tiennent la seule guesthouse de la région, l'endroit le plus paisible et accueillant d'Aswan. Abdel est un authentique Nubien qui porte une attention presque paternel et bienveillante à tous ses clients et clientes. Comme il visite fréquemment l'occident, c'est un soulagement de lui demander de l'information sans avoir à souffrir le harcèlement autrement d'usage.
Au fil de mon séjour en Égypte, j'ai pris connaissance d'un autre genre de phénomène.
On parle souvent du tourisme sexuel (toujours masculin) en Asie, en Amérique centrale et du sud et autres pays sous-développés. La révolution égyptienne ayant eu pour conséquence la désertion massive des touristes, apparaît maintenant de façon nettement plus évidente voir flagrante, un grand nombre de femmes de plus de soixante ans qui s'affichent ouvertement en couple avec des jeunes hommes dans la trentaine dévoués corps et âmes à leurs bienfaitrices.
Bien entendu, il est hors de question ici, en territoire arabo-islamique, de mentionner le mot prostitution, bien que le marché conclu entre les parties s'apparente très exactement à celui qui se conclu dans nombre de pays ou les rôles de pouvoir sont inversés. Est-ce bien ou mal si tout le monde semble y trouver son compte? Je ne réponderai pas à la question...
Je souhaite sincèrement à ce peuple de retrouver un peu du lustre passé, mais surtout de s'offrir les moyens de s'éduquer pour rendre le tourisme un peu plus agréable, prenant ainsi en mains la mise en valeur de tout ces trésors inestimables.
Sur ce constat et sans vouloir entrer dans une polémique quelconque, je quitte Aswan et les rivages du Nil pour rejoindre ceux de la Mer Rouge. La température ici grimpe lentement mais sûrement et je ne peux pas passer à côté d'un des sites de plongée les plus réputés de la planète sans y faire saucette.

Vivement les palmes au pieds