06 février 2011

Le Capitaine Popov au pays des Pharaons

La Libye est une ancienne colonie italienne, très fréquentée par les Grecs et les Romains à leurs époques de gloire respectives. La partie nord-est, de Banghazi jusqu'à la frontière égyptienne, en conserve encore beaucoup d'influences tant par les vestiges qu'elles y ont laissé que dans la vie de tous les jours, chez ces gens fiers et très accueillants. C'est aussi une géographie verdoyante et montagneuse qui contraste énormément avec la quasi totalité restante du pays plutôt désertique.

Par les temps qui courent, le colonel Kadhafi redouble d'effort pour plaire à son peuple afin de ne pas se faire montrer la porte, comme c'est le cas chez ses voisins proches. La construction de logements pour les plus démunis connaît un essor impressionnant et presque tous reçoivent de l'aide financière. Les importants revenus du pétrole seraient sans doute difficiles à dissimuler... et ne sauraient qu'enrichir ce vieil homme rébarbatif et entêté. 
Mais je remercie Dieu ET Allah (dans l'ordre et le désordre) qu'aucune révolution ne s'y soit embrasée pendant les quelques jours qu'ont duré ma traversée: c'eut sans doute été une bonne chose pour ce peuple, mais un peu louche en ce qui concerne mon passage en ces lieux. Peut-être suis-je celui « par qui le changement arrive »? Mais je vous jure qu'aucune mission ne m'a été confiée!
En quittant Derna, dont voici quelques images, je n'avais aucune idée de l'épreuve qui m'attendait.
 Après avoir franchi la frontière égyptienne et passé plus de cinq heures à obtenir tous les documents nécessaires (moto oblige), j'ai eu une pensée pleine de compassion pour Astérix et un de ses douze travaux. En plus je demeure convaincu que ma nationalité et les évènements qui chamboulent le pays ont contribué à accélérer ma démarche; c'est peu dire! Je n'ai jamais cru possible devoir un jour affronter bureaucratie aussi monumentale. À la sortie du poste frontière il faisait
nuit noire. Heureusement que le village le plus proche n'était qu'à une douzaine de kilomètres de là. J'avais par contre un sérieux problème de liquidité: les douaniers m'ont extorqué jusqu'au dernier dinar libyen que j'avais en poche, pour les formalités d'entrée de ma Marseillaise. Toute forme d'institution financière, incluant les guichets, étaient totalement dysfonctionnelle pour un nombre indéterminé de jour. J'expliquai ma situation au tenancier du seul hôtel du village qui a gentiment accepté de m'héberger pour la nuit à « la moitié du tarif habituel » quand j'ai vidé mes poches devant lui et qu'il en est sorti vingt dinars qui s'étaient miraculeusement tapis au fond d'un replis.
Au réveil, j'avais 270 kilomètres à parcourir avant d'arriver à la première ville qui pouvait me permettre de retirer des livres égyptiennes et remplir mon réservoir d'essence. Il me restait très exactement assez d'essence pour me rendre à Matrou, la plus importante station balnéaire à l'ouest d'Alexandrie et passage obligé pour tous les voyageurs désirant se rendre à Siwa, là où je suis en ce moment.
En arrivant au centre-ville de Matrou j'y trouve l'armée gardant le seul guichet automatique fonctionnel et occupant la rue principale, bloquant ainsi l'accès aux édifices administratifs de la ville. Absolument toutes les stations d'essence sont à sec de gazoline et je roule sur la réserve depuis près de 50 kilomètres. En approchant lentement du premier hôtel en vue, Joe son tenancier, un fort sympathique égyptien/américain parlant un anglais impeccable, m'invite à entrer. À £20 livres égyptiennes la nuit ($3.50 CAD) on s'entend que ce n'est pas un palace, mais c'est au cœur même de cette ville grouillante et Joe est tellement accueillant que j'y suis resté deux jours.

 C'est en discutant avec lui que j'ai fini par décidé de traverser 300 kilomètres de désert pour me rendre dans le plus bel oasis d'Égypte. On soupçonne, encore aujourd'hui, que les tombeaux creusés dans les montagnes de sable avoisinantes, renfermeraient les restes d'Alexandre Le Grand. Le village semble vivre à un autre rythme, à une autre époque. Les quelques étrangers atterris ici et tous les égyptiens sont unanimes pour dire que c'est l'endroit le plus calme et le plus sécuritaire du pays dans les circonstances actuelles. 
Dès mon arrivée ici j'ai rencontré, à la station d'essence du village, un français qui voyage en solitaire avec un genre de jeep Mercedes tout terrain. Il est sur le chemin du retour après un périple de quatre mois en Afrique noir. Le bateau qui devait le ramener d'Alexandrie jusqu'à Venise en Italie, tarde à venir s'amarrer en Égypte. On a réussi à se négocier chacun une très belle chambre à l'hôtel Paradise, un endroit magnifique d'une centaine de chambres à deux pas du centre du village. Nous ne sommes que deux et le propriétaire s'occupe chaleureusement de nous. Il est plein de ressources pour nous suggérer les plus beaux coins à voir dans la région. Il y a un immense lac d'eau salé tout à côté, alimenté par plusieurs sources chaudes. 
Le village s'est construit autour des ruines d'une ville médiévale faites de pierres et de boue, détruite par une grande pluie il y a de cela plusieurs centaines d'années.
 Avant de partir de Matrou, Joe m'avait assuré qu'il ne pleuvait jamais à Siwa. Et bien figuré vous donc que la pluie tombe maintenant sans arrêt depuis plus de vingt heures consécutives et que pour plusieurs jeunes dans la vingtaine, c'est la première fois de leur vie qu'ils voient çà! Les rues du village sont couvertes de boue et de flaques souvent infranchissables. Un bédouin m'a dit que la pluie est venue laver le pays de sa souffrance. Si demain le soleil brille peut-être bien que le dictateur cèdera enfin et laissera sa place à quelqu'un de bienveillant, ou à un nouveau pharaon...?
En attendant, moi, j'ai décidé de goûter autant que je le pourrai à la gentillesse égyptienne. Mon visa est valide pour un mois et j'ai bien l'intention de voir autant que possible les trésors de cette civilisation passée. D'écouter leur joie qui résonne au moment de s'affranchir d'un tyran, s'emparant enfin de leurs droits, leurs libertés et leurs richesses. Je n'irai pas sauter dans la mêlée avec eux, ce n'est pas mon combat, mais je n'ai nullement le sentiment d'avoir à fuir quoi que soit. C'est même assez réconfortant de rencontrer un peuple qui sort de sa torpeur et qui se décide enfin à agir face à son avenir, contrairement à nos sociétés dites démocratiques, engluées par le verbiage perfide de nos politiciens de plus en plus ouvertement verreux. En attendant la suite je vais jouer au p'tit gars dans un grand carré de sable avec son bécyk !



Be slama !

5 commentaires:

Danielle a dit...

Salut Martin,

On aime te lire. Merci de nous faire partager ton voyage! J'ai lu au téléphone ton texte à Mamie en lui décrivant les photos. Pendant un moment ton récit d'Égypte était notre trait d'union et notre ailleurs entre Montréal et la Gaspésie. Elle t'envoie des félicitations et des beaux bonjours.
Bon voyage!
Danielle

Lili Rose a dit...

Cher peupa !
je suis avec beaucoup d'intérêt tes aventures, et surtout les nouvelles qui nous sont transmises concernant l'Égypte et la Tunisie !!
je n'ai jamais autant suivit l'actualité :P
bizouXXXXXX

Guy a dit...

Salut Martin,

J'ai bien aimé en apprendre un peu plus sur la Lybie que je ne connais que par son chef !

Par ailleurs, en cette période un peu particulière, c'est réconfortant d'avoir régulièrement des nouvelles.

Continues donc d'écrire en sachant demeurer bien tranquille...

Amitiés sincères.

Guy

Anonyme a dit...

J'aime te suivre dans ton périple, c'est une belle façon , pour moi, de voyager autrement. J'aime ton humour, ta façon de décrire, réaliste et pas trop dramatique, Continue et je continue à te lire.

Marie- Andrée,une amie d'Agathe

Anonyme a dit...

J'aime te suivre dans ton périple, c'est une belle façon , pour moi, de voyager autrement. J'aime ton humour, ta façon de décrire, réaliste et pas trop dramatique, Continue et je continue à te lire.

Marie- Andrée,une amie d'Agathe