26 janvier 2011

Brasse camarades

Après le départ de Tunisie de ma fille adorée j'ai ressenti un vide vertigineux à l'intérieur. Il me fallait vite trouver quelque chose pour sortir de cette torpeur. Mon visa pour la Libye, étant assorti de restrictions bien précises, c'était la bonne excuse pour fouetter le motard endormi en moi. J'ai compté jusqu'à trois et je suis reparti sur cette route qui mène vers le désert, celui de la Tunisie pour commencer, ensuite le mien, et puis cet immense désert qui longe le sud-est de la Méditerrané.
J'avais décidé, avant d'entrer en Libye, de faire un petit détour par les villages pittoresques nichés au creux des montagnes qui font un rempart naturel entre ces océans de sable et la côte tunisienne verdoyante. Matmata, avec ses habitations troglodytes, et Tataouine valaient absolument le détour. La route qui mène à Matmata et qui nous ramène ensuite vers Tataouine m'a réconcilié avec moi-même, dans la poursuite de mon aventure, à me replonger dans cette quête intérieur aussi vaste que le désert.




En quittant Tataouine au matin, j'ai aussi quitté les montagnes qui protègent du vent du désert. Les plaines de pierres et de sable laissent au vent une emprise constante, tel un tyran qui n'aura jamais d'opposition, qu'on manifeste ou pas. Et ce matin-là le vent aurait sans doute écorné les gazelles qui s'y seraient trouvées. Mais j'étais le seul motocycliste à oser défiler sur cette ligne droite de bitume parcourue par des frissons de sable aux allures brumeuses.  J'avais pour objectif de dormir à Tripoli. J'ai eu la sagesse de me réserver assez de temps pour passer au travers des formalités frontalières. Je ne parle pas arabe et les douaniers libyens ne parlent ni français ni anglais. J'ai eu beau m'obstiner (pas trop longtemps tout de même, question de ne pas les impatienter...) ils m'ont obligé à louer une plaque d'immatriculation libyenne pour $189 dinars libyens dont $100 me seront remboursés en rendant la plaque au sortir du pays.

C'est même le grand général du poste frontalier qui m'a expliqué clairement, dans son bureau et en bonne anglais, que c'était la loi libyenne; j'ai, encore une fois, eu la sagesse d'accepter ces arguments convainquant.
On m'a donc remis une plaque sans aucun trou en me faisant comprendre qu'il était impératif qu'elle soit fixée sur le derrière la Marseillaise. Les policiers ont été fort surpris de me voir sortir tout ce qu'il fallait pour y faire un trou et la fixer TRÈS solidement par-dessus la plaque française.
Je n'ai pas de carte routière pour la Libye et le GPS ne fonctionne pas sous cette zone pour diverses raisons que j'imagine politiques et économiques. Il n'y a, de toute façon, pratiquement qu'une seul route qui traverse toute la Libye de part en part et qui longe plus que moins l'océan.
Et malgré le fait que toute la signalisation ne soit qu'en arabe, j'ai fini par aboutir à Tripoli à une heure plus qu'acceptable compte tenu de la distance parcourue et de la circulation circassienne. Fidèle à mon habitude, j'ai fait une pause d'une journée complète, après trois jours continus et plus de mille kilomètres dans le corps (et le cul).
Les libyens sont d'une grande gentillesse et très attentionnés envers les rares touristes qui s'aventurent chez eux. L'avenir changera peut-être, ici aussi, l'intérêt pour cette destination peu fréquentée mais remplie de ressources surprenantes. Les libyens manifestent fréquemment et bruyamment leur admiration pour ma rutilante et rare monture: je semble être une espèce peu aperçue dans cette partie de l'Afrique du nord.
J'apprend un peu tous les jours, comme vous sans doute, la situation bouillonnante de l'Égypte, qui s'apparente beaucoup aux récentes tribulations tunisiennes.
 Permettez-moi de vous rassure immédiatement: je n'ai nullement l'intention d'aller brandir une pancarte dans une foule revendiquant ses droits et libertés, tout à fait légitimes soi-dit en passant, mais je n'ai pas de meilleurs options pour traverser ces régions pour me retrouver en Turquie au moment souhaité. Alors n'ayez craintes je serai très prudent...bon là! Avouez tout de même que le timing est plutôt étrange: ce sont des évènements disons assez marquant pour notre époque et j'ai le privilège d'y assister en direct. Je vous promet quand même de vous partager une vision différente de ce qui vous sera transmit par les médias officiels, alors restez à l'écoute...et n'hésitez pas à me transmettre vos commentaires.

2 commentaires:

Anonyme a dit...

Bon, Martin, vu ton aura et l'énergie révolutionnaire que tu dégages dans ton déplacement à travers notre petit monde, je suis en train de refaire ton roadbook en te consignant tous les pays où il serait nécessaire de faire sauter des pouvoirs dictateurs ou usurpateurs... j'ai bien peur de devoir te faire revenir en France!
Au moins pour mettre un grand coup de pied dans cette plaque lybienne qui cache le mââgnifique 13 Mars-Say-Yeah! de ta fière compagne de route...
Des byz et belle route (les photos en sont de belles preuves!)
Mouette from Mars

Jaya a dit...

Merci pour raconter tes incroyables aventures..

Sois trèspoli...:)

Jaya